Jeudi 26 mars 2015

60 km

Vertkvichala, Georgie

N 42°06,642' E 43°19,537'

388 m

Jour 819 – Reprise de la route

Fanch : Nous laissons la capitale géorgienne derrière nous avec le regret de ne pas avoir eu le temps et l’énergie de l’explorer en profondeur mais avec pour satisfaction de belles et enrichissantes expériences humaines avec l’équipe et les étudiants du CCA, Roland, Lasha, Tamuna et les autres… Il nous aura fallu pédaler une vingtaine de kilomètres sur une rocade encombrée pour s’extraire de Tbilissi et de sa banlieue pour enfin se retrouver au calme.

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Bien loin des tumultes de notre quotidien hindou, notre route nous mène rapidement à la tranquillité de la campagne caucasienne. Les quelques villages que nous traversons paraissent encore engourdis par les températures post hivernales et vivent pour la plupart au rythme du bétail et des récoltes. Ils sont généralement désertés par les nouvelles générations parties pour l’Europe ou pour la Russie comme en témoignent ces nombreuse bicoques abandonnées. Les quelques haltes que nous y faisons, le temps d’un ravitaillement, se font dans un relatif silence, sans attroupement autour de nos montures. Et, malgré les « Gamarjoba » et autre « Gaumarjos » (bonjour) lancés par quelques badauds, les interactions avec les villageois avortes bien souvent, le langage nous fait une fois de plus défaut et je me rend compte à quel point le russe aurait été un allié apprécié.

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Nous découvrons donc un autre fragment de la Géorgie où l’histoire se dépose comme des calques sur le relief vallonné. Les vestiges des différentes époques cohabitent avec distance. À commencer par les nombreux monastères orthodoxes issus d’un ancien monde qui siègent fièrement depuis plus de mille ans sur les premiers pics rocailleux de part et d’autre de la vallée. Ils observent avec dédain le béton effrité et la rouille des usines soviétiques. Nous traversons plusieurs de ces paysage post-apocalyptiques, où les infrastructures du régime soviétique jaillissent des terrains vagues et se confondent avec des sculptures oubliées. Ces ruines témoignent avec force de l’apogée de l’URSS ouvrière. Mais il ne reste de ce temps que des carcasses d’acier en décomposition, accompagnées d’un traumatisme qui se traduit par un conflit idéologique – et bien souvent générationnel – divisant le peuple géorgien en deux camps avec les nostalgiques de la « condition sociale » d’un côté et les pro-européens défenseurs des libertés individuelles de l’autre.

Nous posons nos vélos sur l’Avenue Stalin à Gori, ancienne capitale de la Géorgie et lieu de naissance du célèbre dictateur. Une statue de marbre blanc à son effigie se dresse discrètement dans le parc du centre ville. C’est probablement la dernière qui tienne encore debout à ce jour. Quelques courses et un café turc plus tard et nous reprenons notre chemin. Ce soir, nous dormirons dans un petit bout de l’une de ces usines reconvertie en grange. Levan qui au début semblait retissant à voir deux étrangers traîner dans les parages nous accueille finalement avec un sac de pommes et une bouteille de chacha. L’échange est cordial quand il s’agit de lever nos verres et nous nous sentons les bienvenus, mais de notre conversation laborieuse résulte une frustration respective qui se traduit par une gêne collective et notre ami s’en retourne rapidement à ses affaires. C’est dommage mais c’est ainsi, le bon côté des choses est que nous dormirons au sec ce soir.

Levan

Levan

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Les bourgeons apparaissent sur quelques branches, les merisiers perdent même déjà leurs fleurs mais depuis que nous avons repris la route, l’hiver nous lance dans le dos son souffle glacé comme s’il s’agissait d’une mise en garde. Il est tout près, trônant sur les cimes du Grand Caucase sur notre droite et sur la chaîne du Petit Caucase à notre gauche. Il nous regarde de tout là haut, depuis son pays blanc, disparaît de temps à autre derrière une colline brune puis réapparaît une dizaine de kilomètres plus loin. Il nous suit et ne nous lâche pas, mais rouler sous ce climat se révèle plus aisé qu’en zone tropicale. Nous avançons à bonne allure jusqu’à Khashuri, petite ville situé au pied d’un col qui met un terme à notre voyage dans la vallée du Mtkvari, nom du fleuve que nous longions depuis Tbilissi.

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Non contents d’avoir un vent favorable, la grimpette s’annonce plus facile que nous l’imaginions puisque qu’à quelques lieues d’ici, les chinois ont offert un tunnel à la Géorgie en échanges de la gérance d’une exploitation d’eau. Ils sont malins ces chinois… Et il faut dire que ça nous arrange bien puisque le passage débouche sur une descente de 40 kilomètres. De l’autre côté et à quelques centaines de mètres plus bas, la route sillonne dans une vallée encaissée, le paysage prend alors des allures d’Éden. Même s’il est encore tôt et que nous n’avons pas achevé notre descente, nous n’irons pas plus loin aujourd’hui car tout les ingrédients sont réunis pour un bivouac parfait. Vert pâturage pour y planter la tente, rivière claire pour un brin de toilette tonique, bois à volonté pour un feu réconfortant et déjà, quelques degrés en plus. Alors comment ne pas succomber à la tentation d’un délicieux plat de nouilles chinoises cuisinées au feu de bois dans ce cadre idyllique ? Hein ?

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