Lundi 30 mars 2015

0 km

Kobuleti, Georgie

N 41°49,143' E 41°46,713'

14 m

Jour 823 – Georgian west coast

Barth : Vendredi 27 mars, le vent en rafales gache un peu le plaisir du petit-déjeuner au feu de bois mais nous pousse ensuite sur les trente kilomètres de descente qui nous séparent de Zestaponi. Il n’en va pas de même pour Charlie et Ryan, un écossais et un anglais partis de Venise pour rejoindre la Chine à vélo et dont nous croisons la route ce matin là. Un petit goût de revanche de l’époque où nous remontions la basse-californie au Mexique en croisant d’autres cyclo-voyageurs qui semblaient voler dans le vent que nous affrontions. Chacun son tour !

Ryan et Charlie

Ryan et Charlie

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Le gros des montagnes est donc derrière nous à présent mais la highway et son trafic fatiguant nous poussent à emprunter une petite route secondaire qui serpente sur le versant sud de l’immense vallée que nous allons suivre jusqu’à la mer noire. Les petits hameaux se succèdent ainsi, avec l’accueil un peu stressant des chiens de garde, entre deux tronçons de piste non goudronnée et des côtes trop raides qui nous forcent à convertir nos destriers en brouettes. Le paysage en vaut bien sûr la peine, mais malgré le vent qui est toujours dans notre sens, notre avancée est fastidieuse et j’ai du mal à m’empêcher de loucher sur cette highway toute lisse et droite qui nous nargue à quelques kilomètres en contrebas.

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Quelques rencontres timides et limitées par la barrière de la langue rythment notre avancée, comme Zakaria qui nous répète en boucle la seule phrase qu’il connait en français : « mon chat, mon petit chat, a mal à l’estomac » entre deux gorgées de chacha et un baiser que je ne peux refuser. Pour le reste, tous ces petits villages se ressemblent étrangement, avec à chaque fois plusieurs épiceries identiques et l’impossibilité de trouver un café ou un thé chaud. Les bâtiments officiels arborent sans exception le drapeau géorgien systématiquement accompagné d’un drapeau européen. Une présence visuelle perturbante qui m’inspire un rêve étrange dans lequel nous étions déjà arrivés dans les Balkans sans avoir rien vu de la Turquie. Sans doute un peu le contrecoup de cette rupture violente qui nous a projeté du fin fond de l’Inde aux pieds du Caucase il y a quelques semaines à peine…

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À la tombée du jour, nous croisons Pieter, parti de Belgique pour un tour du monde (à vélo bien sûr) quelques mois auparavant. Nous décidons de bivouaquer ensemble pour faire plus amples connaissances, mais au moment de prendre nos quartier dans une prairie accueillante un homme se précipite vers nous et nous oblige presque à le suivre chez lui, refusant de nous savoir passer la nuit dehors. Nukri a la cinquantaine et vit seul avec sa mère dans une grande maison dont la cave annonce le programme de la soirée. Encore une fois, à défaut de pouvoir communiquer, c’est le vin et la chacha qui délient les langues dans une conversation surréaliste, avec un bout de fromage, du pain frais et un ragoût de haricots rouges pour éponger un peu les verres qui n’en finissent pas de s’emplir. Il aura fallu quelques heures tout de même pour faire comprendre à notre hôte que nous ne voyageons pas tous les trois ensemble et que notre route vient de croiser celle de Pieter sous son toit ! De grands lits en métal finissent par nous réceptionner dans un état d’ivresse avancé alors que le vent se déchaîne dehors…

Nukri et Pieter

Nukri et Pieter

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Malgré l’envie de rester quelques jours ici, les prévisions météo des jours à venir nous poussent à reprendre tout de même la route en promettant à Nukri de revenir le voir un jour, et en souhaitant à notre ami Pieter un « bon vent » dans son périple autour du monde. Les kilomètres s’enchaînent de plus en plus vite, au fur et à mesure que nous rejoignons la route principale et que le vent augmente. La végétation change, la mer noire est toute proche mais quelques gouttes de pluie nous poussent à trouver refuge avant de l’atteindre, dans un bâtiment abandonné où nous nous pensions à l’abri pour la nuit. C’est sans compter sur le vent qui a attendu que nous soyons presque endormis pour faire voler la poussière dans notre chambre de fortune.

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Après cette nuit infernale nous n’avons qu’une idée en tête, rejoindre la mer ! C’est l’affaire de quelques coups de pédales avec un vent qui nous pousse toujours et un beau soleil. Nous y voici, sur la west coast géorgienne, avec l’Europe juste en face de nous derrière la ligne d’horizon, et nous prenons le temps de savourer ces retrouvailles maritimes avant de pousser sur une vingtaine de kilomètres jusque Kobuleti. En quête d’une connexion internet, nous rencontrons Mamuka qui nous propose de squatter chez lui. Son oncle Ramaz nous propose ensuite d’y passer la nuit, dans une des chambres pas finies de l’hotel de parpaings qu’il est en train de construire à l’arrière de la maison familiale. Nous avons besoin d’une bonne nuit de sommeil pour récupérer de la veille, on accepte donc avec plaisir !

Ramaz et Rezo

Ramaz et Rezo

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