Jeudi 2 avril 2015

30 km

Kemalpasa, Turquie

N 41°28,869' E 41°31,066'

10 m

Jour 826 – Entrée en Turquie

Barth : Une bien étrange maison où nous avons atterri à Kobuleti.. Les deux frères Ramaz et Rezo que tout oppose y élèvent leurs enfants sous le regard fatigué de la grand-mère qui semble assurer toutes les tâches domestiques. Le grand-père est mort, tué d’après ce que nous avons compris sans chercher à en savoir plus.

Ramaz

Ramaz

Mamuka

Mamuka

Ramaz qui parle quelques mots d’anglais, est fidèle à la Georgie qu’il aime profondément comme en témoignent les longs exposés qu’il nous fait au sujet de l’histoire et des légendes antédiluviennes de ce petit bout de territoire. Rezo quant à lui, est amoureux d’une russe et de la Russie, et passe ses journées sur internet en attendant de trouver de quoi se payer un billet d’avion pour s’échapper. La maison tourne ainsi, entre la boutique de vêtements du rez-de-chaussé, le garage d’en face où Mamuka le plus vieux fils de Rezo travaille, et ce projet d’hôtel qui n’a pour le moment que l’apparence d’une grande carcasse de ciment en proie au vent et où nous avons posé notre camp dans la seule pièce fermée.

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La météo peu avenante, le fait que nous sommes en avance sur notre programme et la bonne connexion internet nous poussent à séjourner ici quelques jours, en essayant de ne pas perturber l’équilibre fragile de la maisonnée. Il n’est pas si facile de nous concentrer sur le boulot tant nos hôtes sont impulsifs. Il faut pouvoir être disponible à la minute pour aller vider une bouteille de chacha au milieu de l’après-midi sur le parvis de la boutique, ou encore pour prêter l’ordinateur à Ramaz qui sans oser le demander me fait sentir que ça lui ferait très plaisir… Seul Mamuka semble compatir un peu en venant nous confier sa lassitude quand nous nous isolons pour dîner.

Ramaz

Ramaz

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Bref, un séjour intense mais qui nous aura finalement permis de nous reposer un peu et de nous remettre à jour côté boulot, particulièrement dans la recherche de contacts en Turquie. Pour le reste Kobuleti est une station balnéaire sans grand intérêt, jadis très prisée par l’aristocratie soviétique, l’activité économique n’y est aujourd’hui vivante que durant l’été avec le passage de quelques touristes occidentaux ou russes…

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Fanch : Le temps est maussade mais la pluie et le vent ont cessé. Nous reprenons la route alors que la famille qui nous a hébergé durant trois nuits est en pleine dispute, il est temps d’y aller. Les adieux s’en trouvent aussi furtifs qu’étranges. Nous longeons la mer Noire sur quelques kilomètres avant de rejoindre Batumi, ville dont nous entendons parler depuis que nous avons posé les pieds en Géorgie.

Batumi est à la Géorgie ce que Cannes est à la France, dans l’intention en tout cas et sans festival de cinéma. La ville se veut être la station balnéaire par excellence du sud du pays et déploie des moyens démesurés pour y parvenir. Après Kobuleti, dont nous avons levé l’ancre ce matin, qui fait figure de mémorial d’un tourisme version URSS, bienvenu dans le nouveau Dreamland géorgien où buildings fantaisies façon Dubaï côtoient casinos et luxueux hôtels. Premier arrêt, je m’assois sur un muret au bord de mer et trouve une seringue à mes pieds. Les signes ne trompent pas, comme quoi, l’extravagance des plus riches ne masque pas le désespoir des autres et en moins d’une minute le supposé rêve s’effondre.

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Nous y faisons une rapide halte, le temps d’y dégoter un réparateur de vélo et d’y casser la croûte puis reprenons notre chemin pour joindre Gonio, dernière ville avant la frontière turque. Le temps instable de la mer Noire nous incite à chercher un spot abrité des intempéries et ce n’est qu’après une bonne heure de recherches sans succès que nous demandons l’autorisation d’établir notre camp dans la grange d’un corps de ferme. La soirée se déroule comme à l’habitude et sans fioritures puis, alors que nous sommes sur le point de nous coucher, l’homme qui nous a assuré que nous pouvions passer la nuit ici nous invite à boire un café dans sa future maison en plein chantier. Nous hésitons tant l’idée d’un sac de couchage douillet est alléchante, mais comme toujours il nous est dur de refuser. A l’intérieur, c’est toute une équipe de bons vivants qui nous accueille, d’abord avec un café turc puis rapidement, un (deuxième) repas nous est servi. Et comme le veut la coutume, puisque nous sommes toujours en Géorgie, un, deux, trois… Puis quatre et cinq verres de chacha nous sont gracieusement offerts (inutile là aussi de préciser qu’il n’est pas possible d’échapper à la tradition). Nous fêtons ici, sans véritablement y penser, notre dernière nuit dans ce pays. Autant le dire tout de suite, nous y serions bien rester quelques semaines supplémentaires.

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Le lendemain, le passage de frontière se passe sans souci majeur si ce n’est que l’agent de l’émigration géorgien peine à me reconnaître sur mon passeport, la barbe commence à gêner. Nous entrons officiellement en Turquie en même temps que l’appel à la prière. On ne peut pas se tromper, nous ne sommes plus chez les chrétiens. Mais malgré les minarets qui percent le paysage, les premiers tours de roue sur ce territoire que nous ne connaissons que de réputation n’ont pour autant rien d’exotique. La nationale sur laquelle nous roulions précédemment se prolonge ici en voie express, les petites villes portuaires que nous traversons n’ont au premier coup d’œil (architecturalement parlant) rien de « typique » si ce n’est un urbanisme qui se développe à vitesse grand V, la plupart du temps sous la forme d’odieux immeubles qui n’ont pour seul prétention d’avoir vue sur mer et d’accueillir les touristes en saison estivale. Si l’on ajoute à tout ce béton un taux d’hygrométrie qui concurrence largement celui de notre cher Finistère (pour ne pas dire celui de Brest), la Turquie nous donne l’impression d’avoir franchi un autre pas vers le retour au pays.

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Avec une étendue bleue sur notre droite et les falaises des dernières montagnes sur notre gauche, nous sommes condamnés à suivre ce gros axe dont il s’avère délicat de s’extraire. Cela réduit nos chances de trouver un endroit sec pour la nuit. Notre seul échappatoire se trouve être une rivière que nous parvenons à longer sur quelques kilomètres. Un cabanon de la gendarmerie, incontestablement laissé à l’abandon nous y attend (entendre: il n’y avait pas de cadenas). A l’intérieur, des centaines de rangers de l’armée pourrissent lentement dans une flaque d’eau, quelques champignons sortent leur chapeaux d’un sol partiellement recouvert de paille et une chauve-souris quitte régulièrement son perchoir pour un menu festin. L’obscurité et l’odeur de moisi ne rendent pas le lieu accueillant mais il commence à pleuvoir et nous n’avons pas l’intention de prolonger notre investigation. Considérons donc cela comme une chance même si au réveil, je découvrirai un scorpion à quelques centimètres de mes chaussures, mais ça, c’était après avoir dormi… Donc ça passe !

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