Mercredi 8 avril 2015

0 km

Trabzon airport area, Turquie

N 40°59,429' E 39°47,162'

98 m

Jour 832 – Trabzon

Fanch : Quittant notre cabanon humide, nous continuons notre lente avancée vers Trabzon (d’où je devrais retrouver mes parents pour quelques jours), avec toujours ce sentiment d’être emprisonnés sur cette voix rapide qui sillonne entre mer et montagne. L’air est frais mais le soleil nous fait l’honneur de sa présence et illumine de ses rayons les cimes blanches du Pontus (chaîne qui prolonge le Caucase).

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A Arhavi, nous établissons l’atelier dans un café aux odeurs de kebab et avançons un peu au niveau du boulot. Au programme, dérushage en tout genre, montage des derniers haïkus, cartes postales sonores, mail, recherches et entretiens de contacts à Istanbul et déjà… la lumière tombe.

Nous quittons donc nos écrans pour suivre la rivière sur quelques kilomètres, guettant les abris potentiels, cabanes, bâtiments en ruine ou en construction, un simple toit suffirait pour ne pas se faire tremper cette nuit car on annonce des trombes d’eau pour la journée de demain. La partie ne semble pas gagnée mais la chance nous présente Ali, un militant opposé à la construction d’un barrage hydraulique. Nous le suivons jusqu’au QG de son association, une petite hutte bardée d’autocollants, d’affichettes et d’articles de journaux, posée sur la rive ouest du cours d’eau. Ali nous introduit rapidement auprès de deux ses amis présents sur les lieux et nous indique de faire comme chez nous avant que tous ne s’en retournent à leurs foyers. Après un petit brin de toilette dans l’eau tonifiante du torrent, nous établissons le camp à la lueur du feu puis soupons. Quand arrive l’heure du thé, au moment ou le calme de la nuit finit de nous envelopper, voilà que notre équipe d’activistes débarque avec une énergie folle et s’installe à nos côtés. Le feu devenu discret triple de volume quand l’un d’eux y jette un pneu. Du thé et des pâtisseries nous sont offerts, en à peine 5 minutes notre modeste veillée se transforme en fête improvisée.

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Ici, on ne trinque pas mais si cela avait été la coutume, nos hôtes auraient porté le premier toast en notre honneur et le deuxième à la victoire des écologistes d’Arhavi. Victoire ! Victoire ! A défaut de les comprendre, je les observe se remémorer quelques anecdotes ou sourire en fixant les flammes d’un regard nostalgique. Ils semblent heureux de se retrouver ici et de pouvoir partager un bout de leur histoire. Mais, ne nous réjouissons pas trop vite, car avant que les premières gouttes ne fassent leur apparition annonçant la fin de la petite réunion, nous comprendrons que les promoteurs du projet hydro-électrique attaquent à nouveau et que si cette bataille est remportée elle ne mettrait pas terme à la guerre.

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Le jour suivant, le petit paradis se transforme en enfer. L’eau du torrent est brune, il pleut des cordes, le froid et l’humidité s’invitent dans nos duvets. La flemme… La flemme de sortir d’ici pour se faire tremper en moins d’une minute sans avoir la possibilité de faire sécher nos affaires. Midi. Le froid et le manque de provision nous pousse à quitter notre cabane et nous traçons finalement les quelques kilomètres qui nous séparent du bistrot ou nous avions travaillé la veille. Dans de telles situations, avec en plus un petit brin de fatigue, le morale tombe rapidement au niveau zéro. Nous enchaînons les thés pour nous réchauffer à bas coût (c’était la boisson la moins chère du bistrot) jusqu’à 21 heure, heure à laquelle la pluie cesse enfin puis retournons jusqu’au local des militants pour une seconde nuit.

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Dimanche 5 avril. Nous prenons le temps de sécher duvets et toiles de tentes à la chaleur réconfortante des premières lueurs. Barth en profite pour réparer son porte bagage puis nous nous engageons à nouveaux sur la voix express… Bonne nouvelle, à compter d’aujourd’hui, la météo nous annonce trois jours de répit qui devraient suffire à joindre Trabzon et il va falloir en profiter. Tous se déroule sans encombre particulière à l’exception des bivouacs qui s’établissent malgré nous près de la chaussée et donc au son des poids lourds. Les villes se rapprochent de plus en plus pour bientôt se juxtaposer.

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Rob et Josh

Rob et Josh

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En ce dernier jour de route, après avoir fait la connaissance de Rob et Josh (partis en vélo pour la Chine et à qui nous souhaitons bonne chance) nous trouvons refuge, le temps d’un Donër Kebab dans une petite ville située à vingt bornes de notre point de chute quand soudain un vent violent venant de l’ouest se lève (100/110kmh) emportant avec lui sable et poussière. Il est annonciateur de pluie et nous voyons là notre fenêtre météorologique se refermer. Nous fonçons têtes baissées et arrivons de justesse chez Nurullah, LE Warmshower de Trabzon que nous avions contacté il y a quelques jours et chez qui nous apprécierons notre première douche chaude depuis plus d’un mois. On décompresse.

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