Mardi 5 mai 2015

55 km

Gerze, Turquie

N 41°48,314' E 35°11,966'

27 m

Jour 859 – Etape à Gerze

Fanch : Nous levons le camp tardivement car la plage, le soleil et les toutes premières températures printanières donnent à ce bivouac des allures de vacances. La présence de Sam nous pousse probablement à prendre notre temps et nous continuons ce matin à partager nos mésaventures asiatiques. Et puis, rien ne presse, nous avons planifié de joindre Istanbul d’ici la mi-mai alors pourquoi ne pas profiter un peu de ces rayons bienfaiteurs?

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Nous sommes donc trois à prendre la route de Samsun. Une route toujours aussi large, rapide avec une circulation incessante, un peu plus dense jour après jour. Quand au panorama, il reste fidèle à lui-même avec la Mer Noire à notre droite (au Nord) et des montagnes couvertes de noisetiers, de mosquées et d’immeubles hideux bien souvent vides ou inachevés. Chaque crique est l’occasion de découvrir une nouvelle ville dont l’urbanisme ne fait preuve d’aucune originalité, rien en tout cas qui ne nous donne l’envie de nous y enfoncer plus en profondeur. Nos échappatoires se localisent à l’endroit où la voie rapide perce la montagne laissant de côté les vestiges oubliés de l’ancienne route côtière qui, avant que les tunnels ne soient creusés, contournait les obstacles par le rivage. C’est en somme le seul moyen de nous isoler du vacarme permanent de l’autoroute.

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Mais nous gardons le sourire, notre nouveau compagnon de route n’y est pas pour rien. J’ajoute à cela que nos relations avec la population locale s’embellissent progressivement. Disons le clairement, le çay (thé) coule à flot et il devient de plus en plus dur de payer nos additions. Voilà une chose dont on ne peut pas se plaindre, même si, la langue reste un obstacle majeur à notre compréhension des us et coutumes locales. Les interactions avec les femmes restent cependant très limitées. Mise à part dans les grandes agglomérations on ne les voit hélas guère aux terrasses des cafés. Le constat est encore une fois le même et la Turquie, malgré ses allures progressistes vient s’ajouter à la longue liste des pays où l’égalité homme/femme laisse (vraiment) à désirer.

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Nous avançons, doucement mais sûrement. Petit à petit le temps se dégrade, le vent se lève et ne cesse de changer de cap. Le printemps à décidément bien du mal à s’installer cette année. Ordu, nous venons de quitter la nationale lisse et rectiligne pour suivre les sillons vallonnés de la route côtière. C’est un peu plus physique mais le jeu en vaut la chandelle, le bivouac aussi. Nous passons la pointe de Jason, celui des argonautes pour une petite session mythologie peu de temps avant le retrouver la grosse route et les poids-lourd bien réels du 21ème siècle.

Jason church

Jason church

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Le lendemain, notre chemin nous conduit à Terme, chez un glacier artisanal et QG d’un collectif de cyclistes. Nous y rencontrons plusieurs membres du groupe qui se montrent curieux et serviables à notre égard, mais nous n’arrivons visiblement pas à communiquer et nos discussions tournent davantage autour des petits détails techniques que sur l’aspect politique, écologique ou philosophique de la démarche du cyclo-voyageur ou du cycliste en général. Enfin qu’importe, après une mini rodada dans le centre de Terme, nous roulons quelques kilomètres à leurs côtés pour rejoindre le « camp spot » dont on nous avait parlé un peu plus tôt et où, selon nos collègues cyclistes, nous serons en sécurité pour la nuit. Demain c’est dimanche et une compétition de « Ball Trap » s’organise ici. « Vous serez entourés de chasseurs, ils ont tous des fusils, il n’y a donc rien à craindre pour vos affaires » nous dira Adem, un français d’origine turque venu s’installer à Terme. En France, j’aurais probablement douté de ces paroles mais ici, les chasseurs boivent du thé à longueur de journée, pas du pinard.

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Nous nous réveillons tous les trois avec les premiers coups de fusils ! Reprise de conscience, où est plantée ma tente ? À oui, c’est bon, il y a une compétition de tir juste à côté, c’est donc tout à fait normal. Puis Adem nous apporte quelques viennoiseries pour le petit déjeuner et nous en profitons pour faire un brin de causette tout en remballant notre paquetage. La pluie menace, alors nous ne tardons pas.

Adem

Adem

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Objectif : Samsun, une ville située à un peu plus de 60 bornes d’ici et que nous aimerions dépasser avant de nous faire tremper. Sur le rivage de la Mer Noir c’est un peu comme la Bretagne, le vent d’Ouest est annonceur de perturbations et pour le coup, il nous ralenti considérablement. Objectif non atteint… merde.

Malgré le mauvais temps l’ambiance de Samsun « beach » (avec ses zones de divertissement coincés entre la plage et la quatre-voies dont les tables de pique-nique et barbecue sont situées à proximité des parkings) rappelle distinctement certains paysages de notre échappée californienne. Nous y sommes, Long Beach, avec l’appel à la prière en fond sonore ou Alerte à Malibu version turque ! Même si ce cocktail de cultures peut paraître étrange, quand on sait que la croissance économique du pays est largement boostée par les USA, il n’y a finalement rien d’étonnant à constater que l’attitude des dernières générations se calque sur le modèle de l’oncle Sam (pas de notre Sam le cycliste, lui est British !). Enfin bref, rouler sous la pluie avec un vent de face fait voir les choses en noir… Le moral remontera le lendemain en fin de journée quand le ciel commencera à se dégager.

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Mardi 5 mai. Nous avons passé la nuit près du port de Toplu. Alors que nous plions bagages, les dauphins réapparaissent et c’est la première fois que nous les observons de si près. Le soleil brille et une légère brise souffle à notre avantage. « That’s a lovely day isn’t it ? » nous souffle notre ami British. Il a aussi l’habitude de dire que les gens sont souriant quand il fait beau…

Akif

Akif

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Bien sûr, notre première halte lui donne raison. Nous rencontrons Çinar et Akif qui nous offre le çay, le café turque, salade, fromage… La pause çay fini par se transformer en pause bière sur une plage à quelques encablures de là. Nous reprenons la route légèrement étourdis mais avec le sourire aux lèvres et le soleil dans les yeux. Nous croisons Ritzo, un hollandais en sabots parti pour un tour du monde et filons jusqu’à Gerze où Elif, membre du réseau Warmshower nous attend avant le couché du soleil. That’s a lovely day isn’t it?

Ritzo (à gauche) Sam (à droite)

Ritzo (à gauche) Sam (à droite)

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