Samedi 29 décembre 2012

0 km

Fès

N 34°03,979' W 4°58,047'

309 m

Jour 91 – Fès

Fanch : 5h45, je n’ai pas vraiment dormis… le bus s’arrête à la gare routière de Marrakech. Mon esprit est dans un brouillard dense. J’aimerai remonter mon vélo le plus rapidement possible dans l’objectif de rallier mon point de rendez vous avec Cindy avant que la ville ne se réveille, appréhende quelque peu la circulation de Marrakech. Pas de GPS (il est avec Barth), pas de plan, j’ai l’adresse de l’hôtel pour seul et unique indice et je ne sais pas exactement où je suis. Je demande mon chemin régulièrement et petit à petit je m’approche de mon but. Ce coup ci j’ai de la chance, je trouve plus rapidement l’hôtel que je ne l’aurais espéré. J’y dépose mon vélo et mes affaires avant de partir errer dans la veille ville histoire de tâter un peu l’ambiance du lieu à l’heure du soleil levant.

Rapidement, je me rend compte que je suis au cœur de la Mecque du tourisme. Jusqu’à présent, en prenant les petites routes, nous étions préserves de la machine touristique marocaine (15 jours sans voir un seul visage pale) et même si Fès comptait quelques guides ou vendeur de hachich fâcheusement accrocheurs, déambuler dans les rues était synonyme de moments agréables. Ici, on passe à la vitesse supérieur. Ce n’est pas la présence des touristes qui me dérange (bien que l’attitude de certains d’entre eux m’agace franchement) mais toute cette foire attrape couillons ou les clichés se vendent aux prix du pain et bourrée de rabatteurs qui te laissent rarement en paix. Enfin bref, n’allez pas croire qu’il n’y a pas d’honnêtes gens mais pour les rencontrer ici peut-être plus qu’ailleurs, il faut faire preuve de patience, savoir être vigilant sans être paranoïaque (ce n’est pas forcément évident). Et il ne faut pas oublier que le mec qui veut te vendre un massage ou une peluche dromadaire (même si tu n’en as rien à foutre), il a besoin de ton argent pour bouffer… et c’est souvent très intéressant de discuter avec lui d’autre chose que du prix de sa marchandise… aller, il faut que j’y aille… mon rendez-vous…

Barth : Première journée seul depuis le départ. Je profite un peu de la matinée pour souffler, j’ai bossé tard hier soir sur des montages vidéo et ce n’est pas terminé. Tous les commerçants me demandent où est mon ami ! On s’est vraiment fait repérer… Je vais me connecter pour trouver des couchsurfings à Rabat, puis je mange un bissara avec un petit thé en terrasse avant de re-attaquer le boulot.

Après une nouvelle session informatique, je pars faire un tour dans les hauteurs de la medina. J’y rencontre Mohamed (c’est un peu les Fanchs du Maroc les Mohamed!), un jeune qui m’interpelle dans un espagnol impeccable. Il a vécu 7 ans en Espagne et paraît très remonté au sujet de la situation du Maroc. Il me montre les chiens errants qui se baladent dans cette zone un peu abandonnée au pied des remparts, en m’expliquant qu’il leur amène souvent des déchets de viande provenant des poubelles du quartier des boucheries, repas de fête pour ces pauvres bêtes malades et blessées… Effectivement, les chiens semblent l’avoir adopté comme leur maître et lui répondent au quart de tour !
Plus loin, dans un terrain vague à moitié terrassé par des bulldozers et servant visiblement de décharge aujourd’hui, il m’explique qu’il s’agit d’un ancien cimetière et que les quelques tas d’immondices ont été placés là pour masquer les ossements humains qui apparaissent régulièrement. Je ne suis pas allé vérifier, mais vu l’indignation de mon guide, je pense qu’effectivement il y a quelque chose de pas très propre dans cette histoire…

Fès est une étrange cité. Les trois globules que sont la medina, la ville nouvelle et la ville moyenne sont aussi différents que complémentaires et dressent un tableau haut en couleur de la société marocaine. Je n’ai pas vu la ville moyenne que je suppose être le quartier résidentiel de la majeure partie des habitants de Fès. La ville nouvelle porte bien son nom. De grandes avenues rectilignes équipées de trottoirs, d’immenses architectures modernes entre palaces et banques, ici l’activité économique est ouverte sur l’occident au point d’en copier point pour point le triste décor. Dans la médina, comme dans tous ces lieux classés au patrimoine mondial, on change autant d’époque que d’espace. Mais malgré la scénographie parfaite qui comble les attentes du touriste en quête d’authenticité, les traces du présent n’en sont que plus visibles. En déambulant dans la medina on peut éviter un âne conduit par un vieux qui vend un peu de menthe ou d’absinthe, et tomber nez-à-nez avec un jeune cadre dynamique arborant une panoplie d’accessoires électro-tendance… Du matin au soir, le mur d’enceinte de la medina filtre ce mélange fantastique par ses nombreuses portes, fine membrane cellulaire maintenant l’équilibre entre le dehors et le dedans. Et la nuit, après la dernière prière, les rues bondées se vident comme par miracle et on se croirait alors dans une ville abandonnée…