Mercredi 5 août 2015

5 km

Eleonore ship, Linz, Autriche

N 48°19,234' E 14°18,681'

250 m

Jour 951 – Escale à Linz

Fanch : La chaleur retombe pour laisser place à la grisaille, la pluie et le vent s’invitent au voyage. Dori s’en retourne à Budapest et nous continuons notre remontée du Danube, à contre-courant. À contre-courant puisque d’une part le vent nous fait face et que d’autre part, nous croisons des hordes de cyclistes qui descendent en direction de la capitale hongroise. C’est journée rouge sur les pistes cyclables de la région dans le sens départ en vacances.

Une crevaison, des rustines, oui, mais plus de colle… On perd du temps. Notre moral est à l’image du ciel. Maussade. Roxana a développé une infection probablement due à la chaleur moite des derniers jours et à une fatigue omniprésente. C’est apparemment douloureux et ça se développe rapidement. On décide de faire demi-tour pour consulter l’avis d’un médecin aux urgences de Dorog. Conclusion, une crème antibiotique et plus de peur que de mal, un petit détour d’une vingtaine de bornes et une journée de merde.
Nous avançons péniblement, avec un vent d’Ouest soutenu. J’avoue avoir du mal à retrouver mon rythme, mais nous allons de l’avant, circulant sur le réseau de pistes réservées aux deux roues. L’aventure se métamorphose en promenade dominicale tant les aménagements sont étudiés pour le cycliste occasionnel. Ce n’est en soi pas désagréable, juste un peu redondant. Les surprises se résument à de furtives apparitions sauvages, quelques chevreuils aux aurores et les lièvres du soir. Quant à notre relation aux moustiques, nous sommes dorénavant leur manne quotidienne.

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Autriche, espace Schengen. La frontière se manifeste discrètement. Un panneau bleu marqué d’une couronne d’étoiles posées sur le bord d’un chemin de gravier marque notre sortie des Balkans. Willkommen. Nous sommes entre deux champs de maïs. Plus de tampons, nous pouvons conserver nos passeports au fond d’une sacoche. C’est en traversant les premiers bourgs autrichiens que je réalise que nous avons franchi une étape supplémentaire vers un retour à l’ordinaire. Dépaysement ou repaysement ? Les trottoirs parallèles me donnent presque le vertige. Les villages prennent l’apparence de hameaux témoins, pas un chat, pas un chien, pas un bruit. Alors je me rappelle les mercredis de mon enfance passée dans mon village natal, où, quand nous décidions de quitter notre bosquet et nos cabanes pour une excursion dans le bourg (et que nous étions trop jeunes pour traîner dans le bar), nous nous emmerdions à mourir. Cette civilisation silencieuse je la reconnais donc et la retrouve avec l’appréhension de ne plus pouvoir m’en contenter.

L’Europe de l’euro… Là aussi la pilule passe mal.

Ça fait déjà longtemps que nous ne nous arrêtons plus pour saluer nos compères cyclistes. Ils sont dorénavant des centaines à croiser notre chemin, la plupart en sortie sportive ou familiale pour quelques heures suivant le sillage d’un long fleuve tranquille. L’Europe est définitivement le continent du vélo, alors que l’Asie restera dans ma mémoire celui du scooter.

L’Autriche nous pousse à rouler, les kilomètres s’enchaînent, les pauses se font rares et en silence. Nous croisons les abords de Vienne le temps d’un kebab, rien ne nous donne l’envie de nous y attarder davantage. Il pleut et nous continuons notre route. Puis une autre vague de chaleur nous submerge. Baignades et bivouacs interdits se suivent entre l’euroveloroute et le Danube dont le lit rétrécit progressivement. Et la routine s’installe, ou plutôt s’accentue, accomplir les mêmes gestes matins et soirs et ne jamais faire demi-tour.

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4 août 2015. Linz, Autriche. La météo annonçait un vent favorable, je me suis emballé un peu trop vite… 110 km au compteur, 110 km de fatigue. Mais après avoir traversé la zone industrielle de Linz nous arrivons enfin à Time’s Up. Ici c’est d’abord Tim puis Mario et Pippa qui nous accueillent avec un admirable dîner. Time’s Up est un laboratoire pour la construction de situations expérimentales, autrement dit, un atelier et un collectif d’artistes ouvert sur la création, l’expérimentation, l’open bidouille, et qui tourne déjà depuis presque 20 ans. L’atelier est situé dans le port industriel de Linz, sur une languette de terre posée sur le Danube, entourée de grues, de containers et de graffitis gigantesques… Nous y logerons quelques jours, le temps de nous mettre à jour dans le boulot et de rendre visite aux quelques collectifs d’artistes et/ou activistes du coin… Tout ce que je peux dire pour le moment c’est que l’on se sent bien ici…

Tim et Steve

Tim et Steve

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C’est les vacances à Time’s Up et l’atelier tourne au ralenti. Néanmoins, nous ferons le lendemain connaissance de Steve, l’un des acteurs du lieu puis de Maruska, responsable d’Eleonore Ship, résidence artistique flottante ou nous prévoyons une petite présentation de Geocyclab. Nous y sommes d’ailleurs invités pour le repas du soir et rencontrons par la même occasion et dans une ambiance amicale d’autres acteurs du réseau artistique de Linz, une ville où il semble définitivement se développer une énergie créative, alternative et débridée. La suite au prochain épisode !