Jeudi 20 août 2015

80 km

Rechtenstein, Allemagne

N 48°14,398' E 09°32,841'

522 m

Jour 966 – Virée bavaroise

Fanch : Mercredi 12 août 2015. La route tire et s’étire sous la gomme de nos pneus. Le paysage défile, vert et radieux, mais je n’ai pourtant pas l’esprit à m’y perdre. Nous avançons inexorablement, les yeux rivés sur les pistes de terre sableuse qui longent le Danube. L’eurovélo s’arrête net à deux reprises nous obligeant à charger nos mules sur de sommaires embarcations. La linéarité se brise quelques miles nautique nous donnant l’occasion de méditer silencieusement en contemplant les dernières falaises autrichiennes du fleuve. La transition se fait discrète, nous sommes dorénavant en Allemagne. Je ne m’en aperçois qu’après avoir révisé la carte. Pas de changement de langue ou de devise, la même culture, le même panorama. La frontière se définie par une ligne pointillée imprimé sur un bout de papier. C’est donc le vingtième pays que nous traversons et fêtons nos 16000 kilomètres.

Jeudi 13 Août 2015. Plus nous avançons, plus le Danube rétrécit, plus il s’assèche. Nous aurions dû prendre un Bac pour passer sur la rive nord mais ça fait déjà dix jours que le trafic est suspendu. La canicule ne nous épargne pas non plus et le détour que nous impose cet imprévu n’a rien d’une bonne nouvelle. Vingt bornes plus loin et nous voici sur l’itinéraire bis. Il fait chaud, Roxana réclame une pause. Nous plantons les tentes à quelques encablures de l’embarcadère que nous aurions aimé joindre par le fleuve.

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Vendredi 14 Août 2015. La chaleur lourde est de mauvaise augure. Le vent se lève, le ciel se couvre pour devenir menaçant. Nous avons roulé 110 kilomètres et nos cuisses commencent à se plaindre. L’heure est avancée et nous espérons tous trois dégoter un abri pour la nuit, mais rien y fait. Nous faisons halte en bord de la route, un peu inquiets concernant la suite des événements, cherchant une issue de secours. Mais Manuela fait son apparition nous indiquant la voie à suivre pour se rendre chez elle, à dix minutes de vélo d’ici dans un petit hameau près de Regensburg. Je pousse un soupire de soulagement, un soupire de bonheur, le même qu’à chaque fois que quelqu’un nous a sorti d’une situation délicate. Nous la retrouvons, rencontrons son époux Reiner et leurs enfants quelques minutes plus tard. Sans surprise, nous apprenons que nos hôtes sont des globes trotteurs confirmés, avec quarante ans de périples asiatiques dans leurs sacs à dos.

La pluie s’installe, le bruit court que la vague de chaleur ne réapparaîtra pas cette fois. Mais le changement est un peu trop brutal pour être réjouissant et de fait, nous sommes pour le moment bloqués, forcés au repos par la pluie tombante. Manuela et Reiner n’ont heureusement pas l’intention de nous laisser partir ainsi et nous passons les deux jours suivants bien au chaud, espérant un peu plus de clémence de la part de la météo pour enfin décamper. Nous occupons notre temps à bricoler, à poser une poignée de porte, changer quelques lattes du parquet de l’étage supérieur, rien ne nous y oblige mais étant nourris et logés c’est une façon simple de remercier nos hôtes… Les repas sont revigorants, le café est à volonté et les conversations passionnantes. C’est d’ailleurs réconfortant d’échanger avec des routards expérimentés car ils saisissent bien cette sensation indescriptible, ce mélange de lassitude, de nostalgie et d’excitation que ressent le voyageur au long cours lorsqu’il prend conscience que son aventure touche à sa fin. Alors nous parlons, parlons encore et puis nous écoutons leurs histoires du bout du monde au temps ou le téléphone cellulaire était encore classé dans le rayon S.F.

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Lundi 17 Août 2015. La pluie ne cesse pas mais le compte à rebours (du retour) tourne toujours ce qui nous pousse à chevaucher nos montures. Nous saluons une dernière fois notre famille d’accueil et entamons cette nouvelle semaine avec un relief vallonné, une piste forestière trop verticale pour des vélos chargés. L’humidité s’incruste dans nos affaires et le froid fait son apparition. Quarante-cinq bornes plus en amont, nous trouvons un toit salvateur près d’un stade et décidons d’y passer la fin de journée pour finalement y rester cette nuit. Nous profitons de ce temps pour bichonner nos bécanes en manque d’affection depuis probablement trop longtemps.

Les trois prochains jours se suivent et se ressemblent. Nous roulons dans une grisaille permanente qui nous offre tout juste le temps de faire sécher nos toiles de tentes. Le Danube suit son chemin, nous suivons le notre et rien de notable ne vient perturber notre quotidien. Mais enfin, alors que nous quittons la Bavière par les portes d’Ulm, nous arrivons au point de rendez vous où mon père nous attend depuis… cinq minutes. Nous sommes à l’heure. Non content de jouer au père Noël avec quelques surprises gastronomiques, il va nous suivre, endossant le rôle de voiture assistance et transporter notre lourd paquetage jusqu’au prochain bivouac… Le tout durant une semaine! Et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle…